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Noir
Ajouté le 20/10/2011. Mise à jour le 20/10/2011
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L’instant d’avant, l’homme fixait la foule, immobile, sérieux, elle l’avait trouvé beau.
Le vent soulève l’odeur des chairs calcinées, il porte jusqu’à ses narines le parfum de la mort sans se soucier de savoir ce qu’elle ressent en retour.
Les cendres et la poussière se lèvent comme un voile sur la réalité, dévoilant la mort, le sang et les larmes.
Elle lève les yeux au ciel, y cherche des oiseaux, une belle pareidolie dans les nuages, elle ne cherche pas Dieu.
Il n’était pas là, aujourd’hui.
Alors que le mouvement de la ville entraînait tout le monde, lui était là, planté au beau milieu de la circulation, imperturbable et beau, il avait les yeux clairs et l’avait regardée, son regard était vif et intelligent.
Une femme hurle, son visage est déformé, cramoisi, elle tient dans ses bras la poignée d’un landau.
Le landau n’est plus là.
Des cendres tombent du ciel, gracieusement, comme la neige à Noël, puis recouvrent le sol d’un manteau gristre.
Elle fixe une flaque de sang qui se mêle aux cendres pour leur donner une teinte sombre.
Elle s’était amusée à essayer de deviner son nom, c’était probablement un mystérieux européen, un Jean-François...
Oui, Jean-François ! Elle aime ce nom, il lui rappelle ces pays qu’elle veut visiter, où les gens parlent bien, où les hommes tirent la chaise des dames avant de s’asseoir.
Les cheveux de l’homme étaient blonds, de la couleur des blés juste avant qu’ils ne ternissent, une couleur de vie.
Les sirènes retentissent, pompiers, ambulances, policiers.
Elle ne sait pas si c’est bien, les secours vont aider les gens, mais en arrivant, ils vont rendre tout cela réel, ça se sera vraiment produit.
Elle n’était pas du genre à fixer un garçon dans les yeux, mais là, à l’abri dans le bus qui l’emmènerait loin de Jean-François, elle l’avait regardé dans les yeux, sans ciller, son cœur s’était mis à battre plus fort, ses joues étaient en feu, une chaleur enivrante était née dans son ventre, c’était terrible et délicieux à la fois.
Un autoradio encore allumé dans une des voitures diffuse une chanson joyeuse, comme la caresse obscène du Diable sur les victimes : Yes, it's a good day for singing a song,
and it's a good day for moving alone,
Yes, it's a gooooood day,
How could anything go wrong,
A good day from morning' till night…
Un homme à la voix désespérée hurle : « Que quelqu’un éteigne ça, au nom de Dieu ! », il tient une femme dans ses bras, elle sourit tendrement à l’homme, sans doute qu’elle ne voit pas ses jambes à deux mètres d’elle…
Il l’avait regardée, lui aussi.
Jean-François avait regardé la jeune Suzy à travers la vitre du bus, elle avait pu lire en lui, son regard sérieux s’était voilé de tristesse, elle avait interprété ça comme un adieu,Bateau occasion ils ne se reverraient jamais.
Comme elle avait raison.
Dans sa bouche, un goût cuivré et salé fait son apparition, elle sent le liquide chaud couler de ses lèvres et sait aussitôt que sa belle robe sera tachée, mais Jean-François n’en saura rien, sa tête s’est détachée
